Jul 15 2007
Zodiac, David Fincher et San Francisco
David Fincher est talentueux. Que dis-je, c’est un artiste. Et plus que cela, c’est un fin technicien. Avant d’être le réalisateur que l’on connait (Alien 3, Se7en, The Game, Fight Club, Panic Room), il a fait ses armes chez ILM (Pour ceux qui habitent San Francisco, c’est ici, au Letterman Digital Arts Center, dans le Presidio), puis s’est essayé aux clips (Rolling Stones-Love is Strong , Michael Jackson-Who is it, George Michael-Freedom) et aux pubs (ici, ici, une connue ici, une bien là).
Il n’a d’ailleurs jamais cessé d’alterner courts et longs métrages. Pourquoi je vous parle de ce réalisateur ? D’une part, j’en ai envie. Mais pas seulement. C’est aussi et surtout parce que le monsieur en question a eu la bonne idée de coucher sur la pellicule (sur un disque dur en fait, le film ayant été tourné en numérique) la traque du tueur Zodiac qui sévît dans la Bay Area à la fin des années 60. Et pourquoi est-ce si intéressant ? Parce que David Fincher est un visuel, un maniaque du détail qui tue. Sous sa baguette, la reconstitution des personnages et de l’environnement ne pouvait être que fidèle, redonnant vie au San Francisco d’il y a 40 ans. À commencer par les personnages!Ils sont interprétés par d’excellents acteurs qui collent parfaitement, tant sur le plan du jeu que physiquement.
Jake Gyllenhaal interprète le jeune dessinateur Robert Graysmith
Robert Downey Jr. interprète le journaliste Paul Avery
Mark Ruffalo interprète L’inspecteur David Toschi
John Carrol Lynch interprète le troublant Arthur Leigh Allen
La dramaturgie des situations, l’atmosphère angoissante qui règne dans ce film sont, pour une part importante, dus aux acteurs et à la manière dont ceux-ci se sont imprégnés des rôles. Mais pas seulement…
David Fincher est un adepte des effets spéciaux. Mais ne compter pas trouver dans ses films des super héros, des particules en flammes, des robots qui se transforment en voitures, etc… Non, David Fincher, c’est plutôt le genre effets spéciaux invisibles, ceux qu’on ne détecte pas, qui sont là sans qu’on les voit. Ils ne sont jamais oppressants, jamais superflus, toujours superbes. Si vous allez voir Zodiac, je vous garantis que vous aurez du mal à distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire.
Que peut-on dire du film ? Certains l’ont trouvés ennuyeux. Moi, je le vois comme un documentaire pointu sur un fait réel : la traque par la police et par un journaliste d’un tueur en série dans la Bay Area. Ni plus ni moins. J’ai pu voir des commentaires de personnes fustigeant que la police n’arrête pas le tueur à la fin…c’est tout dire. Le film ne se prétend pas être un film d’action, mais plutôt un film noir, glauque et centré avant tout sur les personnages, leurs personnalités et leurs interractions. Si vous voulez en avoir plein la vue, allez plutôt voir le film de robots ou de magicien à lunette.
Quoi qu’il en soit, je vais me concentrer sur l’aspect visuel du film. A l’heure des long-métrages aux budgets à 8 chiffres, David fincher ne se gène pas : là où il pourrait utiliser des éléments réels, il préfère générer par image de synthèse. Là où il pourrait construire un décor dans un studio, il fait tourner ses acteurs sur un fond bleu. Là où il pourrait faire du compositing, il recrée tout from scratch. Il s’agit là d’une volonté clair de sa part d’avoir un contrôle précis du résultat durant la post-prod. Plutôt que de laisser trop de place au hasard, il préfère y mettre les moyens. Pourquoi pas, tant que cela reste invisible pour le spectateur.
Les effets spéciaux ont été réalisé par Digital Domain (qui avait déjà collaboré avec Fincher sur Fight Club et Panic Room). Le studio a utilisé principalement les logiciels 3DStudio Max, Photoshop, Digital Fusion et AutoCAD. Petit aperçu de leur travail :
Les effets sont très divers et permettent de reconstituer un San Francisco des année 70 plus vrai que nature!
Une des scènes qui a beaucoup impressionnée est la scène de la construction de la transamerica tower. Cette scène symbolise le temps qui passe dans le film. Seuls les nuages sont réels dans ce plan. Les photos de références ont été prise depuis un building qui appartient maintenant à Francis Ford Coppola. Enfin, sachez que ce plan ne serait pas possible aujourd’hui car des buildings cachent la vue depuis les années 80-90.
La construction de la Transamerica vue par David Fincher
Le Ferry Terminal de 1970 et le Bay Bridge
Aucune scène n’a été tournée depuis un hélicoptère. Toutes les vues en survol sont informatiques
Que la couleur rouge du modèle filaire ne vous trompe pas, il s’agit du Bay Bridge et non du Golden Gate Bridge.
Pour finir, un taxi sur Geary St, qui tourne sur Van Ness. Toute la scène est réalisée en synthèse. David Fincher voulait un mouvement de caméra où la voiture serait toujours au centre, chose difficile à reproduire avec un hélicoptère. Les équipes de Digital Domain se sont servies de photos prises sur les toits des immeubles de Geary St (ils ont loués la suite du dernier étage du Cathedral Hill Hôtel). Les photos ont été prise avec un Nikon D2X à 4h30 du matin.
Depuis Geary jusqu’à Van Ness. Un environnement réaliste pour un mouvement synthétique, créant une tension dans la scène.
Nul besoin de dire que j’ai aimé le film. Toujours difusé dans une soixantaine de salles (selon Allociné), n’hésitez pas à aller le voir. Pour les personnes habitant aux US, le DVD sera disponible à partir du 24 juillet. Et pour les autres, une version DVDScreener tourne sur la toile actuellement…j’dis ça, j’dis rien.
Enfin, si vous voulez une excellente review de ce film, allez du côté des grenouilles dans la vallée.
Les photos et vidéos de cet articles sont les propriétés de leurs auteurs respectifs
Tandem dans la Vie et tandem au boulot, au moment où partir à l'étranger est devenu notre obsession, nous avons mis tous les moyens en oeuvre pour y parvenir. Nous voici aujourd'hui à San Francisco dans le cadre d'un VIE (Volontariat International en Entreprise) pour une durée de 18 mois.
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Ah ! Je l’ai vu aussi ce film !
Et j’ai beaucoup aimé, en particulier pour la mise en scène soupoudrée de quelques effets finements distillés (la scène de la tour entre autre, évidemment).
Par contre, de là à imaginer qu’il y avait autant de scènes numériques… j’avoue que je n’y ai vu (presque) que du feu. Je dis ‘presque’ parce que j’avais bien sentit qu’il y avait quelque chose de bizarre dans l’atmosphère de cette rue, et surtout lorsqu’il se retourne pour regarder au loin. Mais à vrai dire, je pensais plus à de gros filtres de réhaussement de couleurs photoshop qu’à de vraies images de synthèses.
Plus généralement sur le film : quelque chose qui m’a marqué (mais pour en avoir parlé avec d’autres, ils ne partagent pas forcément mon avis) c’est qu’il n’y a à mon sens pas vraiment de personnage principal. On pourrait penser au cartooniste, mais finalement on le voit un peu au début, et beaucoup à la fin, mais tout la partie centrale du film est plutôt consacré aux inspecteurs. Finalement, presque tout les personnages que tu as mis en avant dans ton billet pourraient être considérés comme les personnages principaux du film. Je trouve ça comme étant une qualité rare, parce que ce n’est pas évident de parvenir à avoir autant de personnages marquants dans un film.
Autrement, le rythme est certes un pue lent, mais c’est de ‘la bonne lenteur’ je trouve. C’est celle qui nous permet justement de bien cerner les différents personnages qu’on nous présente, leurs motivations, leur implication dans cette histoire.
Le film m’a d’ailleurs fait me renseigner sur le net sur l’histoire réel (sûrement un autre signe de la réussite du film), et ça a effectivement l’air très proche.
Dans un style un peu similaire je pense, j’ai vu ‘Raisons d’Etat’ récemment, avec Matt Damon se voulant relater l’histoire de la CIA. Et bien j’ai été largué, et je n’ai pas du tout accroché ni au personnage, ni à l’histoire. C’était sûrement moins simple, car le fil conducteur de Zodiaque est plus évident, et je manquais sûrement de background historique pour tout comprendre, mais dans un exercice similaire, Zodiac s’en ai beaucoup mieux sorti (et là aussi je n’avais aucun background historique avant d’aller voir le film, je n’avais jamais entendu parler de ce Zodiac).
En tout cas, ce Zodiac est sûremenr un des films les plus intéressant que j’ai vu dernièrement, mais il ne faut pas du tout s’attendre à un film ‘qui bouge’, ni même finalement à une enquète policière comme on en voit souvent sous peine d’être déçu. C’est à la fois plus et moins que ça.
@Dario : Nooooonnn. Je m’y collerai
@Frédéric
Clairement!
J’ai moi-aussi effectué pas mal de recherche sur le thème du Zodiac. D’une part parce que cela m’a intéressé mais aussi parce que cela se passe à San Francisco. Certains personnages de l’histoire sont décédés depuis et l’enquête a stoppée en 2004.
On peut retrouver les lettres envoyées par le Zodiac ici :
http://www.zodiackiller.com/Letters.html
Sinon, concernant le film lui-même, je l’ai trouvé très réussi. Je pense que le personnage principal est en fait le Zodiac. Bien, qu’on ne le voit jamais, il est toujours présent dans les discussions, les lettres, les appels téléphoniques, au travers des suspects. C’est un peu le Kayser Sozé de ce film. Les autres personnages sont tous très puissants et charismatiques mais en fait relégué au second plan par la réalisation (la façon de les filmer, leurs évolutions respectives).
La lenteur et la longueur du film donne vraiment du corps à l’ensemble. Pas de raccourci comme dans la version 2005 avec Justin Chambers dans le role du flic (le gars de Grey’s Anatomy).
L’espace et le temps dans ce film étant tellement importants, difficile de ne pas avoir des creux.
Petite anecdote : le flic qui a traqué le Zodiac a inspiré Steeve McQueen pour Bullit. Le méchant(Scorpio) du premier Inspecteur Harry est inspiré du Zodiac. Ces 2 films se déroulent à San Francisco.
merci pour ton commentaire très intéressant.
Thomas
merci pour les petites précisions au niveau des effets spéciaux… j’avoue moi aussi que je n’y ai pas vu grand chose !!!
Je crois qu’un des faits interressant est justement qu’on ne connaisse pas réellement l’auteur des faits, quand certains critiquent l’absence d’arrestation… D’un certain côté le spectateur se fait sa propre opinion après…